Episode 20 – William : Dégage !

        Depuis l’enterrement de James, une étrange atmosphère flotte au sein de l’entreprise. Chacun a une petite attention envers ses collègues, les voisins d’open-space se soucient de la santé de l’autre ou des progrès de ses gosses. Au fond, c’est ce que j’ai toujours désiré, même si je trouve ça regrettable que nous ayons dû perdre notre leader charismatique pour y arriver.

        Perché dans le nid d’aigle, je reçois Mickael, bouteille de champagne à la main. Je fronce les sourcils alors qu’il sabre la boisson de luxe pour remplir deux flûtes.

— A ton règne sur Preston Industry ! scande-t-il, verre levée.

        Un rire nerveux m’agite, je remets en place les dossiers, prépare tout pour l’arrivée d’Audrey.

— Ce n’est pas exactement mon règne.

        Ses yeux s’arrondissent, je signe quelques papiers et les déposes dans le signataire pour la validation de l’héritière. La visite chez mon frère m’a ouvert les yeux sur ce que j’ai toujours voulu pour cette entreprise, et pour le monde entrepreneurial en général. J’ai été le roi des cons de vouloir lui faire la guerre.

— Attends, on vire l’héritière, tu deviens le boss et tu me nommes adjoint, c’était ça le plan, me rappelle-t-il anxieusement.

        L’image de mon frère amorphe dans son fauteuil me revient brutalement. Oui, à une époque j’ai songé à ce plan. Et oui, j’ai pu croire que c’était une bonne idée avant de comprendre l’évidence. Mickaël est une éminence grise, un type qui veut être kalif à la place du kalif et pas pour les bonnes raisons. En un jour, il pourrait détruire ce que je risque de mettre des années à bâtir.

— Son père l’a nommée à la tête de l’entreprise. Et sa famille m’a nommé pour la seconder. Je ne suis pas le capitaine du navire.

        Audrey est ma chef. Ma supérieure. Et j’ai décidé qu’elle ne serait plus une ennemie, plutôt une alliée dans mon combat. Après tout, elle a su démontrer une douceur et une miséricorde dont je n’aurais pas été capable aux funérailles de son père.

— Putain ! Mais qu’est-ce que tu fous William ! On était d’accord, rage mon ancien collègue en jetant la flûte au sol.

        Je regarde le verre se briser, tout comme le masque qu’il a toujours porté avec moi. Avec un calme relatif, je joins mes mains et y repose mon menton. Je frémis à peine, laisse toute sa rage exploser. Voilà son côté sombre, celui qui veut gouverner sans partage. Mais je ne le laisserai pas faire. Je protégerai Audrey et son patrimoine, tel que son père l’aurait voulu.

        Mes doigts se contractent, mes phalanges blanchissent. Je l’entends débiter de véritables horreurs sur mon mentor et la femme qui occupe à présent mes pensées nuit et jour. D’un coup, je frappe du poing sur la table, mâchoire serrée.

— DEGAGE !

        Il s’interrompt, choqué, ou surpris. Je ne sais pas. Je contourne le bureau et l’empoigne par le col pour le dégager de ce sanctuaire qui nous appartient désormais avec Audrey. Il ne s’attendait pas à ça. Il ne pensait pas que je finirais par voir clair dans son jeu. Mais ce n’est pas de chance, je suis loin d’être con !

        Et dans la foulée, je découvre Richard qui est là avec un type transpirant tellement l’hypocrisie et le faux que j’en ai la gerbe. On sent les type qui se fient aux magazines et à l’image exigée par le milieu pour se faire une pseudo personnalité.

— Ce mur-là sera en béton ciré, déclare l’amoureux d’Audrey

        J’explose. Totalement. Littéralement. Je pousse ce type qui s’époussette et me lance un regard courroucé.

— TOI AUSSI TU DEGAGES ! je m’époumone. Toi et l’autre parodie de mec branché, vous dégagez. Vous quittez ces lieux et la vie d’Audrey !

        Audrey n’a pas besoin de vautours qui convoitent son héritage. Elle a juste besoin d’un type droit et qui sache l’amener au sommet pour la gloire de son père et la sienne. Alors je hurle, défends son territoire qui est devenu un peu le mien aussi. Je ne supporterais pas de voir ce clown autour d’elle et convoiter ce que lui a laissé mon mentor. Hors de question !

        Que les parasites dégagent et nous laissent vivre en paix.

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