William – Épisode 10 : On met le masque

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        J’ai regardé le soleil se lever depuis le nid d’aigle, café à la main. Comme si ma vie n’était pas complètement chamboulée. Comme si je n’avais pas été trahi par celui que je considère, malgré tout, encore comme un père.

        Je soupire, les heures ont passé, le ciel est bleu, le soleil brille et une nouvelle journée commence. Ceux d’en bas n’imaginent pas à quel point ils peuvent risquer leur quotidien si la princesse traite les affaires de Preston Industry comme on choisit une tenue de soirée. Je pose le gobelet sur le bureau du patron, celui que je m’approprie pendant son absence pour le bien commun. Il faut un capitaine, sinon le navire s’échoue sur des récifs. C’est comme ça. C’est la réalité.

        On toque à la porte, je grogne un « entrez » qui donne une excellente idée de mon humeur. Mickaël me file une grande claque dans le dos, je lui tends un dossier que j’ai bouclé hier avant ma visite chez les Preston.

— Je contribue à ton avancement, je raille en m’installant dans le fauteuil.

— Très drôle. J’en ai ras le cul d’être le sous-fifre du responsable des unités de production européennes !

— Patience… On a tous été sous-fifres…

        Mon vieux, si tu savais que je suis moi-même techniquement le sous-fifre d’une gonzesse qui a dû oublier comment on fait les additions. J’ai largement de quoi être vert de rage.

        Hier soir, je suis parti noyer ma colère dans un bar branché, pas loin de mon immeuble. Je m’en suis tellement jeté que je ne me souviens plus de la gueule de la nana que j’ai baisé dans les chiottes. En fait, j’espère que c’était bien une nana. Je fronce les sourcils, ça m’emmerde de ne pas me souvenir.

— Pourquoi tu fais la tronche ? me traque Mickaël, pas pressé de retrouver son service merdique.

— Hier, j’ai baisé avec un truc…

— Un truc ? répète-t-il, amusé.

— Ouais, je sais plus à quoi elle ressemblait, je grommelle en ouvrant mon portefeuille pour vérifier que j’ai bien utilisé ma capote.

        Pas de carré argenté, c’est bon signe. Au moins, je n’ai pas déconné en plein. Mon collègue explose de rire à en avoir les larmes aux yeux, je crois bien que c’est un connard.

— Minute, hier t’étais tellement beurré que tu te souviens plus de ce que t’as baisé ?

        C’est clair que formulé comme ça, c’est tout sauf glorieux. Il se tient les côtes, le souffle court, et fini par être percuté par un éclair de lucidité.

— Attends. Hier tu te mets une mine. Et ce matin tu peux te la jouer P.D-G qui gère tout le merdier ? Mais elle est passée où ta putain de gueule de bois ? s’insurge-t-il.

        Je souris, plutôt fier de mon métabolisme qui annihile les effets de l’alcool à une vitesse ahurissante. Il y a les gens génétiquement faits pour être des leaders. Et il y a les autres. Je joue avec un stylo, fier de moi.

— Je crois que je suis un dieu, j’exagère, en passant la main dans mes cheveux.

— C’est ça ouais, le dieu de la connerie, moi je vais te dire…

        Il ne va rien me dire du tout, car notre conversation est interrompue par des bruits de talons qui se rapprochent dangereusement. À cet instant, je dois ressentir le même truc que les mecs du Jurassic Park qui voient débarquer le T-rex. Je sens ma tempe qui palpite, il faut que je me calme. Je dois la jouer sympa. Le type compréhensif. Si je merde, ça sera foutu pour moi.

        Je retrouve une posture plus solennelle et me lève quand son Altesse entre dans la pièce. Il faut sortir le grand jeu.

— Audrey, quel plaisir de voir que vous êtes déjà là, je fais mine de l’admirer en lui tendant la main. Voulez-vous que nous commencions par le dossier Burk ? Il a été classé dans les affaires urgentes par votre père… Il y a un souci ?

        Je la vois fixer Mickaël, cet abruti n’a pas l’idée de se présenter. Je me racle la gorge, il a l’air de comprendre le message… Ou pas. Il se barre vite fait, on ne peut compter sur personne.

— Mickaël, l’assistant du responsable des unités de production européennes, je précise en lui cédant la place de son père.

— Oh, d’accord, murmure-t-elle en analysant les couvertures des dossiers posés sur le bureau.

        Je l’observe, silencieux. Elle semble légèrement perdue et finit par me demander s’il y a des choses à signer.

— Oui, quelques papiers. Je vais vous retrouver ça. Enfin, vu l’heure, vous pourrez descendre à la cafétéria pour faire un peu connaissance, le temps que je vous rassemble tout ça.

        Voilà, va avec les imbéciles manger une salade, et laisse-moi gérer.

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