Épisode 8 – William : Un grain de sable dans les rouages

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        Toute la journée, j’ai fait illusion. Je leur ai donné l’impression que l’état de notre P.D-G n’était pas si grave. Je les ai convaincus comme je tâche de m’en convaincre moi-même. Mais une portion de ma conscience sait qu’un truc merde, que l’engrenage ne peut pas tourner si facilement.

        En fin d’après-midi, je retrouve les deux femmes de la vie de James. Sa charmante épouse ainsi que son inintéressante fille et, accessoirement, chute de reins la plus enviée du pays suite à un défilé de lingerie pour une grande marque.

        Les deux sont pâles, autant éprouvées que moi par cette journée de merde. Je m’installe dans le fauteuil, face à la princesse qui triture sa robe. Cécilia revient à pas pressés, une enveloppe soigneusement cachetée de cire à la main. Audrey s’en saisit, les iris oscillants entre perdition et curiosité.

        Je crois que j’aimerais bien un autre verre de liqueur. Juste pour digérer les dernières vingt-quatre heures. Elle décachette le courrier à une allure lente qui me rend dingue. Forcément, quand on passe sa vie à lambiner devant des objectifs, on devient une espèce de larve qui met trente ans à ouvrir une putain d’enveloppe.

        Ses yeux parcourent le papier, s’exorbitent au fil de la lecture et scintillent d’une drôle d’étincelle.

— Qu’est-ce que ça dit ? je tente de demander aimablement.

        Sa poitrine se soulève rapidement, et la voilà qui relit silencieusement le courrier. Je crois qu’elle cherche à me rendre dingue. Tic-tac, son Altesse, je vis dans un monde où le temps n’est pas suspendu à tes lèvres !

— Papa me confie Preston Industry.

        C’était un souffle. Une expiration. Un mélange d’angoisse et de fierté qui m’a expédié une claque monumentale. Elle ? Cette princesse qui n’a jamais foutu les pieds dans un bureau ? Elle, elle va gérer le mastodonte qu’est l’empire de son père ? Bordel, faut se retenir de rire et d’écumer de rage. Vaste entreprise.

        Sa mère enserre son épaule de ses doigts alourdis de bagues impressionnantes. Je reste scotché, comme un con. On peut dire que je ne l’ai pas vu venir !

— Je suis sûre qu’avec l’aide de William, tout va bien se passer, assure Cécilia en me couvant du regard.

        « Avec l’aide de William ». Moi ? Je dois l’aider à me voler une place qui me revient de droit ? Non. C’est un cauchemar. Un foutu rêve à la con. Un de ces matins où je vais me réveiller en nage et me dire que je suis un abruti finit d’imaginer un truc pareil. Mais rien ne se passe. J’ai juste deux paires d’yeux braquées sur moi. Et un silence qui se traîne et pèse sur les épaules de tout le monde.

— William, tu vas l’aider ? N’est-ce pas ?

        C’est à mon tour de déglutir péniblement avant de forcer un sourire qui s’apparente dangereusement à un rictus.

— Certainement.

        Bien évidemment. Je vais l’aider à se rendre compte que je suis l’homme de la situation et qu’elle devrait me laisser les pleins pouvoirs pour éviter à son père de retrouver un navire en perdition à son retour.

        Mon esprit échafaude déjà un plan. Une tactique. Se rapprocher. Conquérir sa confiance. S’immiscer dans son processus de réflexion, si tenté qu’elle en ait un, et l’amener à penser comme moi je le veux. Comme cette entreprise en a besoin pour prospérer et perdurer. Je me reprends dans mon attitude, souris davantage pour tromper mon monde.

— Fêtons cette précieuse confiance que vous accorde votre père, je propose en me levant. Il faut balayer les larmes, James ne supporterait pas de vous voir comme ça.

        Cécilia renifle et approuve d’un minuscule signe de tête. Je hèle la domestique, lui ordonne de sortir le champagne. James a toujours adoré le champagne. Je suis même certain qu’il voudrait qu’on lui en passe en intraveineuse. Pour un peu, je rirais de ma connerie, si la menace d’une détérioration de son état ne venait pas tout assombrir.

        Je remplis les trois flûtes, songe déjà aux verres que je vais aller me descendre au bar pour encaisser ce coup de couteau dans le dos de la part de mon mentor. J’aimerais pouvoir lui dire en face, les yeux dans les yeux, que je ne comprends pas. Tout était parfaitement convenu, tous les rouages étaient en place et, en quelques mots, il a foutu en l’air une machinerie qui était bien rodée.

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