Épisode 7 – Audrey : Le poulain

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            Nous sommes rentrées, Maman et moi, en fin d’après-midi à la maison. Le médecin en charge de mon père est venu nous voir après son déjeuner pour nous informer que nous pouvions partir. D’autres examens plus poussés étaient prévus et nous ne pourrions pas revoir Papa avant la fin des heures de visite. J’ai eu un mal fou à raisonner ma mère, mais elle a fini par accepter après plusieurs heures dans la salle d’attente. Malcolm nous a raccompagnées et depuis nous sommes assises là dans ce salon, bien trop calme.

            Je patiente quelques minutes après que Maman ait essuyé ses dernières larmes. Le regard fixé sur le plateau posé sur la table basse devant nous. Meg a préparé des petits en-cas à grignoter. Je suis incapable d’avaler quoi que ce soit et pourtant il va bien falloir. Ne serait-ce que pour montrer l’exemple à Maman et puis sans force, comment pourrais-je tenir le choc ? Il faut être raisonnable !

            Ma main se tend vers l’assiette de crackers tartinés de fromage frais. J’ai envie de sourire, mais ne sais pas si cela se voit sur mon visage. Personne ne me regarde de toute façon. Meg les a fait pour moi, c’était mon grignotage quand j’étais ado. Son réconfort me touche. J’attrape un biscuit salé et le porte à ma bouche pour croquer dedans. Ma mâchoire s’active, instinctivement, puis j’avale. Sans envie, sans goût, sans plaisir. Je repose la tartine puis me penche vers ma mère.

— Maman, il faut que tu manges quelque chose. S’il te plaît.

— Je n’ai pas faim, Audrey.

— Moi non plus, tu sais. Mais, on doit tenir le coup. Pour Papa, je la supplie.

            Mes paroles la font pleurer de plus belle. Je me sens impuissante, incapable, minable. La sonnette retentit et je reste immobile tandis que ma mère tente de se reprendre. Nous n’attendons personne, ça m’angoisse. Pourvu que ce ne soit pas des journalistes. Non, Malcolm n’aurait pas laissé passer ça.

            Rapidement, Meg arrive accompagnée du poulain de mon père. William Roberts. Ce trentenaire, que j’ai à peine fréquenté, est proche de mes parents. Je ne le connais que très peu, nous n’avons fait que de nous croiser. Quand ma carrière dans le mannequinat a commencé à vraiment décoller, Papa a parfaitement accepté la chose. Nous étions conscients tous les deux que je n’avais pas l’ambition pour devenir son bras droit et reprendre le flambeau. Trop jeune, trop naïve, trop…femme. Je rêvais d’une carrière jeune, d’une retraite jeune au bras d’un homme qui satisferait mes parents, et d’une vie paisible, comme l’est celle de ma mère. J’ai eu la carrière, j’embrasse tout juste la retraite, quant à l’homme… Richard n’aurait pas plu à mon père. Il s’est laissé séduire en tant que père qui confie son enfant à un agent, mais comme notre couple n’a jamais été officialisé, Papa n’y a vu que du feu. Ou a fait semblant. Peu importe, ça n’aurait rien changé au résultat.

            Toujours est-il que j’ai choisi le mannequinat, et Papa a choisi William. Mes parents l’aiment beaucoup, c’est certainement un homme bien, mais il a ce truc que je n’arrive pas à définir. Un truc qui ne me plaît pas complètement. Mais après tout c’est un mec… Pouvons-nous vraiment faire confiance à ce genre ? Mis à part mon père, j’en doute, maintenant.

            Meg se retire, William s’avance dans le salon, Maman se lève et se précipite dans ses bras. Et moi, je reste là à regarder ma mère serrer cet homme comme si c’était son fils. Immédiatement, un pincement au cœur se fait ressentir, mais il est vite remplacé par une vague de soulagement. Nous ne sommes plus seules, je ne suis plus seule. Maman s’éloigne un peu de lui, le regarde et caresse sa joue.

— Merci, d’être venu William. Je sais que c’est un déchirement pour toi aussi, le remercie-t-elle.

— Il ne pouvait en être autrement Cécilia.

            Cécilia. Je ne les savais pas si intimes. Il est vrai que je n’étais pas revenue à la maison depuis un moment. Et les dernières fois, lui et moi ne nous étions pas croisés, mais je constate que beaucoup de choses évoluent en deux ans.

— Audrey, ma chérie, vient.

            Sagement, je m’approche d’eux en tentant un vague sourire crispé. Autant par ma stupéfaction que par la situation. Mentalement, je m’apprête à lui serrer la main quand il fait un pas vers moi et me serre dans ses bras. Instantanément, je me raidis. Il le sent et me frotte le bras. Son réconfort m’apaise plus que celui des crackers de Meg. Le contact physique peut-être. Je me laisse aller à lui faire confiance, juste parce que ma confiance en mon père est inviolable et si c’est lui qu’il a choisi alors je peux y aller les yeux fermés. Lorsqu’il me lâche, la réalité du poids que j’ai à porter me revient.

— Audrey, je suis de tout cœur avec vous et votre mère.

            Je me contente d’un signe de tête avant de reprendre ma place sur le canapé. Maman et William font de même. Je trouve ma mère étrangement pensive avec une lueur dans le regard. Elle se dresse et quitte la pièce d’un pas rapide avant de revenir quelques minutes plus tard.

— L’an dernier, ton père a rédigé ceci. Lis-le, m’annonce-t-elle en me tendant une enveloppe.

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4 réflexions sur “Épisode 7 – Audrey : Le poulain

  1. Je n’aurais jamais imaginé William faire un câlin de réconfort à Audrey 🙂 c’est surprenant, mais sympa 🙂 il va s’avérer être une épaule forte sur laquelle elle va pouvoir se reposer !
    Au fait, l’écriture est noire dans tout le chapitre du coup, on ne voit rien sans surligner 😅

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  2. J’adore les débuts de cette histoire cependant ici un détail me bloque la dernière phrase:
    — L’an dernier, ton père a rédigé ceci. Lis-le, m’annonce-t-elle en lui tendant une enveloppe.
    (La mère tend l’enveloppe à qui?)

    Aimé par 1 personne

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