Épisode 6 – William : Réunion au sommet

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            Mes phalanges blanchissent sur l’immense table translucide de notre plus grande salle de réunion. Au cœur de celle-ci, une mappemonde dont les continents se remplissent d’un verre opaque. Des fragments de feuilles d’or indiquent l’emplacement de nos agences et unités de production.

            Le fauteuil cramoisi de mon mentor est vide, les regards interrogateurs dévorent le cuir avant d’aller et venir rapidement de ma tronche, qui se décompose, à la place du P.D-G. Je me fous une branlée mentale, ce n’est qu’une affaire de jours avant que les choses ne retrouvent leur cours.

            Oui, qu’une affaire de jour avant qu’on le débarrasse de tous ces foutus appareils et qu’il passe à nouveau la porte de son bureau.

            Ma réflexion m’apporte une savoureuse boule de confiance en moi qui gonfle dans ma poitrine avant d’exploser en un « Bonjour Messieurs Dames » tonitruant et autoritaire.

— Asseyez-vous, j’invite en me posant sur ma chaise.

            Je fais craquer mes poignets et ma nuque sous les interrogations muettes de mes collègues.

— Preston Industry va devoir se passer de son fondateur pour quelques jours, j’annonce avec un certain optimisme.

            Les situations de crises ne sont pas faites pour durer.

            Un murmure d’étonnement répond à ma déclaration, je joins les mains devant moi et les rappelle à l’ordre d’un raclement de gorge.

— D’ici quelques heures, pour ne pas dire minutes, vous serez au courant via la presse et les sites web d’actualité du monde économique à travers lesquels nous scrutons la concurrence…

— Accouche, William, ronchonne Victoria du service Marketing.

            Mes prunelles prennent le temps de s’enflammer d’un reproche sourd avant de couler sur sa poitrine généreuse, jusqu’à ce que je capte ses doigts qui jouent avec un stylo. J’inspire profondément par le nez, je m’étais pourtant conditionné dans la bagnole. Il s’agit juste de maintenir l’entreprise à flot, le temps que les choses s’arrangent. Ce n’est pas comme s’il était mort.

            Cette idée fait dresser les petits cheveux qui s’égarent sur ma nuque dans un frisson qui part du fond de mes entrailles. Le discours du médecin, de plus en plus confus au fil des répétitions, me revient en pleine gueule avec la furieuse envie d’y foutre mon poing dans la tronche.

— On n’a pas toute la nuit, s’impatiente-t-elle encore.

            Je secoue la tête et chasse le Doc de mon esprit.

— James Preston a eu un accident à son domicile. Sans entrer dans les détails, il est actuellement hospitalisé et dans l’incapacité de gérer Preston Industry.

            La révélation jette un froid glacial sur toutes les têtes pensantes de la boîte. Je peux entendre le vent qui s’écrase sur nos fenêtres dans un sifflement désagréable au possible. Des regards s’échangent. Brefs. Lourds de sens. Pleins de questionnements. Lentement, je me relève pour dominer l’assemblée. Le conciliabule silencieux se la ferme. Mes traits se détendent, affichent un air confiant et serein, comme celui qu’arbore mon mentor même dans les pires moments.

— En tant que second, il est de mon devoir d’assurer l’intérim jusqu’à ce que notre dirigeant revienne. Aussi, ma première consigne sera de ne pas parler à la presse. S’ils tentent de vous interroger, vous tracez. S’ils vous appellent, vous raccrochez sans sommation. Et s’ils vous proposent de la thune et que vous cédez, soyez bien sûrs que je vous ferais bouffer chaque billet. À vous de faire circuler la consigne dans vos services, j’avertis d’une voix rauque, assombrie par la crainte que l’un d’eux joue la pute.

            Ils hochent la tête, pareils à de braves robots. Je sens mes narines palpiter, comme pour sentir les prémices d’une trahison.

            Ne faire confiance à personne. Sauf à celui qui me guide.

— Maintenant, vous pouvez retourner à vos activités. Le planning reste inchangé.

            Ils se lèvent en raclant le sol avec leurs chaises et sortent dans un infernal brouhaha de la salle qui a le don de m’agacer. Me voilà à nouveau seul avec cette terrible image de mon père spirituel coincé aux soins intensifs. Une vague nausée me tord le bide, je crois que je ferais mieux d’aller me noyer de travail et dans un verre de liqueur pour faire passer ça.

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