Épisode 5 – Audrey : Constat

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            Depuis l’atterrissage de l’avion, j’agis sans réfléchir. L’automatisme, l’instinct, appelez ça comme vous voulez, mais au moins c’est efficace. Cette sensation de faire quelque chose, d’avancer, me convient parfaitement. Je ne sais plus trop comment, je me suis retrouvée dans la voiture de Papa. Voilà bien longtemps qu’on ne m’avait pas installée à l’arrière d’un véhicule. Si la situation n’était pas aussi dramatique, j’aurais vraiment apprécié l’attention de Malcolm, même s’il est payé pour ça.

            « Alors ? Tu montes ou on couche ici ? »

            La voix de Richard me revient, comme si c’était le moment. Je déteste ça, penser à lui, surtout maintenant, entendre ses paroles, prendre du recul sur notre relation. Je ne veux pas me souvenir des derniers mois, plus durs, je ne veux pas garder ça de nous. Mais c’est incontrôlable, comme des flashs qui s’imposent ici et là, un millième de seconde suffit pour me rappeler la réalité de ce que nous vivions. Un amour qui n’était plus, une distance s’accroissant, la fin d’une histoire.

— Nous arrivons, êtes-vous prête ? me surprend Malcolm.

— Je ne serais jamais prête pour voir mon père dans un lit d’hôpital, tu sais.

— Personne ne l’est, avoue-t-il tristement. Cependant, ma question concernait plus particulièrement l’entrée.

            Je m’abstiens de répondre puisque clairement, je ne comprends pas. La réponse ne se fait pas attendre. Pendant que le chauffeur se gare, j’ai le temps de prendre conscience que les journalistes sont toujours les premiers informés. Ces vautours font le pied de grue devant l’entrée de l’hôpital et l’arrivée de ma voiture les a mis dans un état d’excitation que je peine à accepter.

            Malcolm m’ouvre la portière et après l’en avoir remercié, je reste immobile, paralysée, incapable de bouger, aveuglée par le crépitement des flashes. Le chauffeur de Papa, attrape mon bras pour l’accrocher au sien. Ma main se cramponne à lui pour trouver la force et je le laisse me guider droit devant. Tête baissée, un pied devant l’autre, bouche close.

            Lorsque l’ascenseur s’ouvre à l’étage demandé, je prends une grande inspiration et lâche Malcolm. Mes parents sont là, quelque part, ils ont besoin de moi autant l’un que l’autre et je n’ai pas d’autre choix que d’être forte. Ils vont se reposer sur moi, c’est mon devoir, presque un besoin de ne pas défaillir. Chaque pas vers la chambre me donne courage et espoir. Et je n’ai plus qu’une seule et unique conviction, celle qui devient l’évidence même. Tout va s’arranger, ce n’est qu’une épreuve de la vie, une de celles qui veulent nous faire prendre conscience de la chance que nous avons sur Terre, un challenge pour me faire rebondir. Papa va se remettre, Maman va s’occuper de lui et je serais là, les épaules bien larges pour gérer tout ça.

            Déterminée, je pousse la porte et la referme silencieusement derrière moi. Malcolm me fait un signe de tête de l’autre côté de la vitre afin de me signaler qu’il reste dans les parages. D’un regard entendu, je le remercie encore une fois. Je sais que notre personnel sera une de mes béquilles dans cette épreuve. Nous avons toujours pu compter sur eux et notre confiance est la plus totale. Je me retourne vers le lit de Papa. Ce qui me frappe en premier c’est Maman qui relève la tête vers moi, effondrée, anéantie. Un mouchoir à la main, comme moi dans l’avion. Ses yeux qui ont déjà bien trop pleuré sont rougis à l’extrême, son teint est fadasse, ses cheveux ternes. On croirait une femme qui se laisse mourir avec son époux. C’est beau et si triste à la fois. Mon regard se dirige vers mon père. Allongé dans ses draps blancs, un bras en ressort, perfusé. Il n’a pas l’air si mal, il dort. Il va se réveiller et je serais à nouveau sa princesse. Mes espoirs sont interrompus par le bip d’une machine, près de lui. J’ignore à quoi elle sert, mais présentement je m’en fiche complètement, ce genre d’appareil près d’un malade ce n’est jamais bon. L’urgence de la situation me revient violemment en pleine face.

— Audrey, sanglote Maman.

            J’ôte mes lunettes de soleil pour lui laisser constater mon chagrin, pour le partager avec le sien et je me précipite la prendre dans mes bras pour la consoler, la laisser se reposer. Et quand ce cauchemar sera enfin terminé, je sais que Papa sera là pour me consoler moi.

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