Épisode 2 – William : Mauvais augure

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Tous les jours, je bénis l’italien en bas de chez moi. Dès le petit matin, il fait des expressos qui ont le don de me réveiller. Comme à mon habitude, je respire le délicieux parfum du café en m’engouffrant dans mon coupé sport. Je dépose la boisson sur le porte-gobelet, mets le contact et accélère dans les rues encore désertes de la ville.
Les émissions matinales n’ont même pas encore commencé, le ciel est entre chien et loup. J’adore cet instant, celui où je m’offre le luxe de voir le soleil se lever depuis le nid d’aigle. C’est ainsi que James Preston appelle son bureau entièrement cerclé de grandes vitres. Un sourire satisfait étire mes lèvres alors que les clodos du centre-ville se mettent à arpenter péniblement les rues.
Je méprise ces feignants. Dans la vie, y’a pas de secret. Ou tu te bouges et tu réussis, ou tu te laisses aller et ton loyer ne se paye pas tout seul. Je braque à droite, je ne suis plus très loin des bureaux. Soudain, mon portable se met à vibrer furieusement dans ma poche. Je serre les dents et décroche mon kit main-libre.
— William Roberts, j’écoute.
— Monsieur, je suis le Docteur Mitchell. Madame Preston m’a dit que vous deviez être informé de la situation.
Je pile au feu rouge, serre le frein à main. Toujours personne sur les routes, je fixe le boîtier noir accroché à mon pare-soleil.
La situation.
Un médecin qui appelle, c’est forcément mauvais. Ma main se crispe sur le volant, je ravale ma salive.
— Je vous écoute, je grogne en m’offrant une gorgée de café.
Je sens que je vais en avoir bien besoin.
— Monsieur Preston a été victime d’un traumatisme crânien. Il est actuellement aux soins intensifs du Parker Memorial…
— J’arrive.
Je raccroche au nez du Doc, inutile qu’il me file des données médicales entre deux carrefours. Je préfère aller voir, me rendre compte et encaisser. Mon pied écrase l’accélérateur, chacun de mes muscles se tend et les immeubles deviennent rapidement des flashes beiges et gris.
Le Parker Memorial est le meilleur hosto de la ville. Paraît que les plus grands toubibs chialent pour y avoir un poste. Je sais qu’il est entre de bonnes mains. De toute façon, s’ils merdent avec James, je pourrais les buter. Le patron est devenu plus qu’un mentor pour moi, c’est un père spirituel. Je rêve de lui succéder, mais pas dans ces conditions.
Pas à cause d’un foutu traumatisme crânien.
On se calme. C’est peut-être pas si grave.
Je trouve miraculeusement une place devant. D’un trait, je vide mon café et garde le gobelet en carton que je serre au creux de ma paume avant de monter quatre à quatre les marches menant à l’accueil. Oreillette en place, la standardiste prend déjà des appels. Ça me gonflerait d’écouter des gens si tôt. C’est bien pour ne pas prendre une colère chaque matin que je mets deux heures à me conditionner dans le bureau du patron.
William Roberts, premier arrivé et dernier parti.
C’est comme ça depuis le début, et ça ne changera jamais. La brune raccroche et m’accorde enfin un minimum d’attention.
— Je peux vous renseigner ?
Non, je poireaute là pour le plaisir.
— Ouais. Le Docteur Mitchell m’a appelé, c’est pour James Preston.
— Vous êtes William Roberts ?
— Le seul et unique, je raille en jetant mon gobelet dans une poubelle à quelques mètres.
Ses yeux se plissent, elle scrute le sol.
— C’est bon, il était vide, je la rassure, impatient. Alors ?
— Les visites sont strictement limitées, il me faut votre pièce d’identité.
Je soupire et plonge la main dans ma poche. J’ouvre mon portefeuille, elle a l’embarras du choix. Permis, carte d’identité, diverses cartes de crédit et une capote. Elle opte pour le permis, ça m’arrange. J’aurais été bien emmerdé qu’elle me propose un petit coup rapide avec sa face de morue.
— Troisième étage, chambre 316. Suivez la ligne bleue.
Je la remercie d’un signe de tête et récupère mon permis.
Troisième étage.
Chambre 316.
La ligne bleue.

J’inspire, plus moyen de reculer. L’ascenseur met une plombe à monter. Si quelqu’un y fait un arrêt cardiaque, il aura dix fois le temps de crever. Quand les portes s’ouvrent, je me précipite dans les couloirs, au grand damne des infirmières. Puis, la chambre entièrement vitrée me fait face. Je le vois. Allongé. Branché à un tas de machines.
Putain…

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3 réflexions sur “Épisode 2 – William : Mauvais augure

  1. J’ai ENFIN un moment pour lire cette série !
    J’ai littéralement explosé de rire devant les pensées de William et la « face de morue » 😂
    C’est un sacré numéro ce mec !
    Hate de lire la suite, j’y vais de ce pas !

    J'aime

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